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Le 4 août 1983, un jeune capitaine issu d’un mélange Peul et Mossi, prend le pouvoir en Haute-Volta. La bonne gouvernance dont toutes les organisations et autorités publiques africaines tentent de faire un crédo à partir des années 2000, lui l’avait entamée vingt années plutôt. Le 15 octobre 1987, Thomas Isidore Noël Sankara est assassiné   aux yeux de tous les Africains et de ceux de la Communauté internationale. Rien n’est grave, c’est l’Afrique. En plus, ce jeune capitaine est venu au pouvoir par le truchement d’un coup d’État. 

Sauf, que cet homme d’une rare intégrité était en train de changer avec d’autres hommes et femmes, le destin de tout un peuple et sans doute celui de tous les Africains. Sankara entame une politique d’exemplarité autour de lui et avec lui au centre. De la Haute-Volta, le pays se retrouve avec une appellation des plus symbolique : le Burkina Faso, pays des hommes intègres (En Moré et Dioula). Quelques années avant sa nomination au Conseil national de la révolution, la Haute-Volta connut plusieurs coups d’États. Ce qu’il le fit rentrer dans le cercle du pouvoir avec une première fonction en tant que Secrétaire d’État à l’information. N’étant pas satisfait de la gestion de son pays, il démissionne du poste et lance son fameux cri « Malheur à ceux qui veulent bâillonner le peuple ». Il devient, Premier ministre en 1983, puis en 1984 avec Henri Zongo, Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Lingani, ils tentent un coup d’État en mettant en avant la libération de tout un peuple, la lutte contre toute forme de corruption et la bonne gouvernance. 

Très enclin aux théories marxistes-léninistes, il vend les limousines de l’État et les remplace avec des Renault 5. Il exige de tous ceux qui ont des postes de responsabilité une déclaration de patrimoine. Il réduit les indemnités des fonctionnaires, contrôle la distribution des bons d’essence, refuse une évacuation de son père malade et ancien combattant vers la France, dote les provinces d’ambulances, construit de nouvelles écoles, privilégie l’eau à la bouteille de champagne…  Mais de plus en plus, ces agissements deviennent gênants aussi bien pour quelques-uns de ses collaborateurs que pour la France ancien pays colonisateur. Ce fût le moment d’ouvrir une brèche pour le liquider.

La jeunesse burkinabée l’adulait là où les hommes d’affaires et les multinationales voulaient le voir disparaître par n’importe quelle voie. Ils savaient qu’il ne pouvait le bâillonner encore moins le faire changer de trajectoire (il voulait une Afrique libre et triomphante), alors le 15 octobre 1987, le plus intègre des hommes , le féministe, celui qui promouvait l’éducation de tous et de toutes, celui qui croyait en la capacité des femmes à relever des défis, celui qui portait la jeunesse d’Afrique, celui qui réclamait un partenariat d’égal à égal entre la France et les pays africains, celui qui mettait en avant le pagne burkinabé, celui qui osait affronter le monde au sommet de l’OUA le 27 juillet 1987  avec son exigence  « Il faut annuler la dette! » fût lâchement tué par Judas, son ami Blaise Compaoré rencontré en 1974 lors de  ce qui fut nommé « la Guerre des pauvres »

Comme Lumumba, El Sadate, Biko, Osendé Afana entre autres, le capitaine Thomas Sankara ne put perpétuer son noble combat de libération. Aujourd’hui encore, il est question de néocolonialisme politique, économique, monétaire sans compter que pour beaucoup d’Africains, la gouvernance n’est toujours que leurre, l’intégrité est-elle morte en même temps que celui qui le symbolisait en Afrique ? Il semblerait qu’il y ait un brin d’espoir. Wait and see !

Repose en Paix, TINS, symbole de toute une jeunesse !