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Après le sort des animaux du parc de Hann, nous lançons un autre cri de cœur. Sans doute, un jour, nos cris seront entendus et nos maux estompés. Nous nous réveillons au Sénégal très souvent à Dakar et parfois dans une des treize régions restantes. Le sentiment est le même : nos cœurs saignent, notre espoir se meurt à petit feu. Pour ce qui est du zoo des maristes, les animaux sont toujours dans un piteux état malgré l’effort d’associations mais encore faudrait que les humains soient mieux traités pour que des solutions soient pensées et prises pour des non-humains. Animaux mal traités, prisonniers mal traités, femmes mal traitées, enfants mal traités, personnes âgées mal traitées, rues mal traitées, peuple mal traité. Mais une question suivrait à tout cela. Nous reste t-il un peu d’humanité ? C’est bien beau d’entendre parler de nos croyances, de notre foi en un seul Dieu unique, du beau vécu des érudits tous nés au Sénégal, sauf que ce pays n’est plus à l’image de ces derniers. Il y a quelques jours, en écoutant la radio, nous entendions un Imam rappeler à quel point il était important de prendre soin des vivants et que certains iraient au paradis tout simplement pour avoir abreuver un chien, épargner un chat, un cafard,… Nous étions en train de nous demander au même moment ce que cela serait si on avait sauvé des humains mais aussi, quel sort réserverait-on  à ceux qui déshumanisent une nation ? Pardon de le dire, mais le sénégalais s’est transformé en barbare embourgeoisé depuis quelques années. Il est prêt à tout : tuer, violer, voler, ramper, aboyer ou miauler, juste pour satisfaire un besoin financier. Est-ce l’une des conséquences de la pauvreté, de l’hypocrisie ou encore de notre pseudo foi ? Avoir la réponse nous intéresserait. La société sénégalaise est devenue miséreuse, morose, haineuse et surtout pernicieuse. Nous ne reviendrons pas sur le quotidien acariâtre des animaux du parc, l’on pourrait croire que c’est une obsession. Mais celui des prisonniers pourrait davantage heurtée ce qui reste des consciences. Après une visite en 2012 à la maison d’arrêt de Rebeuss, nous n’avions pas pu y retourner. Nous pensions ne pas avoir la force encore moins la permission d’y effectuer des enquêtes. Je priais que toutes les personnes encore capables d’être sauvées puissent sortir de cette geôle. A quinze ans nous avions effectué mon premier passage à la prison à Thiès avec un ancien ministre de la justice, alors responsable d’un organisme des droits humains. Nous étions enthousiaste à l’idée d’être avec cet homme qui nous faisait rêver et me donner l’envie d’être nous-même « droit de l’hommiste ». Vingt années plus tard, nous nous demandons à quoi servent toutes ces organisations ? Point de critique, nous voulons juste comprendre. Rebeuss et toutes les maisons d’arrêt et de correction sont devenues des mouroirs à force d’être en surnombre, de ne pas avoir de médecin, de ne plus corriger les égarés, de ne plus manger dignement, de ne plus dormir dans des conditions décentes. Ces derniers jours tout le monde en parle, mais comme à notre habitude, ce ne sera plus une question d’actualité dans quelques jours. Le problème ira aux oubliettes. En ce qui concerne les femmes,  on n’est loin du mois de mars où il est question de cancers, de femmes battues, d’attribution d’autorité parentale, de crimes entre coépouses, etc. Sauf que la souffrance des femmes est perpétuelle dans ce pays. Les domestiques sont maltraitées, des épouses sont violées au sein de leur ménage, des jeunes femmes sont harcelées dans leur lieu de travail, les cancers du sein, de l’utérus, les thyroïdes, les maladies de basedow achèvent des vies de femmes, l’absence de solidarité, d’amour à contre-courant de ce nous dit nos religions, cultures et lois persistent dans les couples et tuent à petit feu des mamans dont la vie est toujours essentielle à leur progéniture. Que dire de l’avenir, c’est-à- dire les enfants ? C’est là où nous  avons encore plus mal. On ne sait plus qui est enfant dans ce pays et surtout à quoi servent t-ils? Parfois on a l’impression qu’on les fait malgré nous. Par rapport aux musulmans, si on en fait pour répondre à la demande de la religion, rappelons-le devant Dieu et les femmes et hommes, chaque parent répondra de sa responsabilité vis-à-vis de ses enfants : amour, éducation, surveillance, protection nourriture, enseignement sont des dus. Aujourd’hui, des bébés naissent faisant la joie ou le malheur des parents mais la majorité souffre dehors, grandissent dehors, mangent dehors, deviennent des parias ou des menaces pour la société. Mais ceux-là sont ceux qui ne meurent pas ou ne disparaissent avant l’âge adulte : de faim, d’un malheureux accident, de maladies bénignes parce que les parents n’en sont pas conscients. Pour dire vrai, en dehors des enfants qui ont une certaine chance d’évoluer dans des familles nanties ou clairvoyantes, les autres n’ont pas la possibilité d’avoir un projet de vie. L’avenir est sacrifié et les populations se taisent. Les viols et attouchements sur les garçons et les filles,  nous n’en parlerons pas, au risque d’être trop dure avec notre société. Les personnes âgées triste est leur sort. Nous avons peur de vieillir dans ce pays non pas parce que nous n’avons pas foi mais parce que la retraite est devenue amère au Sénégal. Au moment où les retraités ailleurs, prennent des vacances, se font une joie immense de s’occuper de leurs petits enfants. Dans ce pays, ils deviennent aigris, se soucient encore des miettes qu’on leur verse sous forme de pensions, prient parfois, de mourir afin de ne point assister au tourment de leurs enfants qui après trente-cinq ans peinent encore à joindre les deux bouts, ne se marient pas pour la plupart, faute de moyen, de formation, d’encadrement, de métier, de vie tout simplement. La jeunesse est désemparée comme les personnes du troisième âge qui perdent l’espoir à vie. Pour ce qui est des lieux publics et mêmes privés, ils ne ressemblent plus à grand-chose. On en construit quelques pour ne pas en prendre soin quotidiennement. Aucun projet tenable d’assainissement n’existe dans la capitale et en région. D’août en octobre, il question d’inondations : des rues dans les eaux, des maisons dans les eaux, des écoles, des mosquées, des bureaux dans les eaux. Il suffit qu’il pleuve plus d’une soixantaine de millimètres pour que des familles entières ne dorment pas, ne mangent pas et mieux tombent malades. Qu’est ce vous croyez ? La fameuse phrase : « La saleté ne tue pas le nègre, n’est que  leurre. On peut mourir de tout ce qui est tue les autres. Par contre, là où les autres prennent des mesures pour endiguer les difficultés, résolvent les problèmes au lieu de les déplacer, parce que dotés de bon sens, nous, on accuse indirectement Dieu et allons jusqu’à lui faire du chantage affectif. Diantre quelle façon de croire ! A partir de novembre les pluies sont derrière nous, les constructions anarchiques reprennent et comme des champignons, les sachets plastiques font le parcours du combattant au gré du vent, les agents de nettoyage tentent de faire leur travail mais il n y a toujours pas de projet d’assainissement  concret mis en place par les autorités. On fera toujours semblant de travailler en accusant du retard partout et dans tous les domaines. Enfin le sort du peuple tout entier est réduit à une pseudo foi en Dieu, celui d’Abraham, d’Isaac, d’Adam, de Noé, de Moïse, de Jésus, de Mohamed. Heureusement qu’il demeure sous toutes ses formes et que les hommes passent et laissent derrière eux des héritages  parfois dignes et nobles comme ceux de Lamine Senghor, Aline Sitoé, Omar Blondin, Mamadou Dia qu’on préfère faire semblant d’oublier pour exalter Faidherbe, Piné Laprade, Jean Collin, nous ne citerons que ceux-là au risque de choquer certaines familles et peut-être même la nôtre.  Heureusement qu’on est au pays de Cheikh Ahmadou Bamba, d’El Hadji Malick, de Yacinth Thiandoum, d’Abdoulaye  Niass, d’El Hadji Omar, de Baay Laye, de Maam Sakhir  Ndiéguéne et que leurs prières et celles d’autres qu’on ignore, maintiennent encore ce pays en vie, mais pour combien de temps ?