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Depuis plus d’une semaine, le Sénégal compte des sinistrés, délogés ou non, une partie de sa population ne dort plus et est loin d’être dans la quiétude. Les inondations sont passées par-là. D’aucuns l’assimilent à une catastrophe naturelle, des dérèglements climatiques émanant du tout Puissant et sévissant dans tout le Sahel voire ailleurs. Certains accusent le gouvernement et pointent du doigt les fausses promesses d’un Chef d’État qui disait avoir résolu le Mal, celui-là que ne pouvait résorber le précédent régime. Pendant quelques jours encore, tout le monde sera à l’assaut d’une quête d’un coupable. Une chose est sûre, au moment où nous sommes, nul ne peut empêcher au Seul détenteur du pouvoir de faire tomber ou non de grosses ou de fines gouttelettes d’eau, de gérer son calendrier pluvial, sans toutefois nous empêcher de faire des prévisions ou divinations quelconque.  Prévoir devrait donc être le maître-mot. Mais qui doit prévoir ? L’État et ses démembrements ? Les populations ? L’ANACIM ? Où peut-être les « Saltigués » ?

Prévoir fait-il partie de nos us ? Il est hors de question de débiter un « non » catégorique ? En réalité, parmi tous les non imposables de notre pays les aruspices, les voyants et les féticheurs sont les plus adulés, les plus craints et les plus riches. Ces derniers sont sollicités et font de la consultance du premier au dernier jour de l’année, Grégorienne ou Musulmane. Pour guérir, être célèbre, réussir, être nommé, élu et même nuire, les Sénégalais se tournent essentiellement vers cette frange de la population. C’est une seconde nature. Alors quelqu’un peut-il nous dire pourquoi, leur parole n’a plus de crédit lorsqu’ils prédisent un hivernage plus que pluvieux, des crues de fleuves ? Nous n’aurons pas de réponse. Pas besoin d’insister ! Lorsqu’il s’agit de la béatitude de tous ou de prendre des dispositions, les Sénégalais se désintéressent de plus en plus pour se concentrer individuellement au succès et au bien-être de soi. 

Les accusations et autres explications ou défilements fusent de partout mais savons-nous ou acceptons-nous que la responsabilité soit collective ? Telle est la question. 
Notre société est malade. Malade du mensonge. Malade de la promesse non tenue. Malade de négligence. Malade d’incivisme. Malade d’indiscipline. Malade d’un sous-développement mental. Nos gouvernants, n’étant pas de la planète Mars, sont aussi atteints par tous ces déplaisirs de la vie. Le problème n’est pas aujourd’hui de savoir que les 750 milliards prévus pendant dix années, à la résolution du problème des inondations n’ont pas été utilisés à cet effet. D’abord, nous sommes à huit ans au lieu de la décennie mais, ce n’est surtout pas la première fois que des vies humaines sont sacrifiées, menacées, négligées à coups de milliards dans ce pays. Nous en parlons, certaines têtes « tombent » et représentent les agneaux du sacrifice ou pas du tout. Qu’en pensent la société en réalité ? La majorité d’entre-elle a hâte de se retrouver un jour, à la place du frère, du beau-père, de la fille, du fils ou d’un proche du chef pour spéculer sur « li ñëp bokk », les deniers publics. Pardonnez notre cynisme, mais tant que nous ne déciderons pas de rompre avec le misérabilisme, les inondations seront un moindre mal par rapport à ce qui risque de nous arriver. Nous savons tous que certaines institutions sont budgétivores sans pour autant servir au peuple, une partie de l’administration est corrompue jusqu’aux os, quitte à jurer sur tous les Saints. 

Comment pouvons-nous voir sous nos yeux, s’ériger des bâtiments dans des zones inondables sans qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise en amont par l’administration compétente ? Comment expliquons-nous toutes ces légèretés que nous éprouvons presque tous à l’égard de la situation générale de l’environnement et de la moindre de ses composantes : la collecte, le traitement, l’évacuation des déchets liquides, des déchets solides ou encore de l’économie bleue ou du vivre-ensemble de manière durable ? Pourquoi n’exigeons pas de l’ONAS (Office National de l’Assainissement du Sénégal) un travail de récurage fait dans les délais ? Pourquoi les nouvelles données démographiques sont autant négligées dans l’assainissement ? Pourquoi accepter que son directeur à l’image de l’ignorance de Macron, nous décrive un Sénégal démesurément fécond ? Pourquoi sommes-nous devenus aussi insoucieux de l’état de nos espaces communs ? Pourquoi toutes les préoccupations tournent autour de l’argent, déclarés nerf de la guerre ? 

L’obstacle est sociétal encore une fois. Nous avons cultivé en nous la médiocrité, le mensonge et la modicité au point de ne rien exiger de nous-mêmes et des autres, jusqu’à ce qu’un malheur arrive. Souvenirs funestes, le bateau Diola. Point nécessaire de faire un rappel, les images sont encore fraiches et pesantes dans la tête de chacun d’entre nous. Après, cette calamité, nous avons toujours eu l’espoir qu’une introspection collective se fasse. Mais il n’en est rien. Le « ndogalu Yallah » demeure notre credo malgré les paroles profondes de l’artiste Cheikh Lô. Nous sommes dans des contradictions de « je-m’en-foutistes ». Nous nous ruons vers les « maameun » pour le moindre souci, même après avoir commis un délit. Leurs paroles deviennent prophétiques, lorsqu’elles nous profitent. Pourtant, après une séance de divinations des « Saltigués » pendant laquelle, ils prédisent des catastrophes, il est préférable de ne point leur accorder du crédit, « nopp bu bonn bi lañuy joxé ». La science n’est pas non plus notre tasse de thé, apparemment.  Puisque depuis le mois de mai, l’ANACIM avait prévu une saison pluvieuse, des perturbations.  Avec un peu de confiance en ces génies de la météorologie, nous aurions pu penser à trouver des logements temporaires aux probables sinistrés, puisqu’ils l’étaient avec un hivernage calme, presque inexistant depuis quelques années. Ce fait devient routinier.

Cette intrigue ne relève pas seulement d’un régime, de l’impertinence de nos gouvernants en général mais de la responsabilité et de l’exigence citoyenne de toutes et de tous. Si nous pensons qu’un sac de riz, de l’huile végétale (alors que nous avons eu à occuper une place privilégiée dans la production mondiale d’arachide), de miséreuses denrées alimentaires peuvent résoudre toutes les afflictions, alors là, ce n’est vraiment pas une insulte que nous recevons de nos politiques mais un camouflet du sort, pour nous rappeler que « bukki su yabé waxabandé, sa doxine wala ».

Les politiques publiques posent un réel désœuvrement au Sénégal durant tout leur processus jusqu’à l’évaluation, malgré l’effet de mode suscité. Seulement, interrogeons-nous sur le rôle de l’Assemblée nationale, laquelle est supposée voter les lois, contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques. Jusqu’ici, nous n’avons pas eu le privilège d’avoir sous les yeux un rapport d’évaluation de cette noble institution censée re- présenter le Peuple. Et pourtant, pour toutes les politiques publiques en projet, en cours ou arrivées à leur terme, (la terminaison d’une politique publique étant relative), une évaluation doit être revendiquée et exigée. A partir de là, nous pourrions réclamer quatre cents mille francs (400.000 frs) ou sept cent cinquante milliards de francs (750. 000. 000. 000 frs) ou davantage. 

Mais en attendant, nous devons, nous peuple sénégalais, cesser de nous abrutir, de nous contenter de peu, de faire appel à Dieu perfidement en croyant qu’il lui arrive de somnoler. Pour citer encore Ndigël Lô, « SET » est bien l’exigence première « ci jikko,ci yorin liñu la denk, ci dekkin, ci xöl, ci xalaat, etc. » pour rappeler à tout un chacun que « alalu mbolo ken dukko fowé bo moytu wul mu sank leu,  fi ak fañu jëm).

« Estime et Respect de soi et des autres, plus d’humanisme une imploration ! »

NAN

www.ndeyenubian.com  

Africainement vôtre !