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Le 8 de ce mois de mars rend hommage à l’autre pilier du monde, la femme. Moment que je préfère prolonger en mois, en semaine, en année voire en siècle. Ah oui, la femme doit à jamais, être exaltée !

Pour l’an 2020, le début du mois de mars m’avait offert l’occasion de publier des récits sous formes de nouvelle, « Commune condition ». Deux histoires de femmes africaines, sénégalaises, ayant toutes les deux, souffert de types d’agressions distincts, de violences, me dira-t-on, y étaient racontées dans le but de dénoncer, de sensibiliser, de mener le combat pour la cause féminine, féministe.

Dans la foulée, on était en pleine période interminable de crise sanitaire, j’implorais Dieu et les Saints de nous libérer de la Covid-19, tant dispendieux sur le plan humain, économique, social que de celui des libertés individuelles. Mais hélas, le SARS-COV-2 est encore bien présent et ses conséquences palpables et ressenties par mon peuple.

Je suis une femme, je suis une africaine et une sénégalaise. J’ai toujours marqué le 8 mars après une oraison le jour du 7. Des prières à l’endroit des fortes femmes de Nder, nos aïeules, nos mères, celles-là qui ont tracé si fièrement le chemin de l’indignation et de l’action guerrière, poinçonnent ma matinée. Ces intrépides dames du Walo ont choisi la mort à la place de la flétrissure. Gloire à elles !

Pour 2021, pour la première fois, je suis mitigée et inquiétée, non pas seulement par les souffrances et les violences subies par des Africaines, des Sénégalaises, des femmes du monde, mais encore plus par ce que vit actuellement mon peuple, ma nation : mes filles et fils, mes nièces et neveux, mes sœurs et frères.

Depuis quelques jours, l’actualité qui comme à son habitude, est souvent politique la demeure désespérément. Cependant cette fois-ci, il n’est guère seulement, question de détournement de deniers publics, de ralliements invraisemblables, de problèmes économiques, d’oubli des problématiques de jeunesse, entre autres. Le Sénégal touche le fond, en se défaisant de l’une des rares ressources culturelles et valeurs dont il pouvait encore se prévaloir loyalement : la pudeur, « sutura ».

Ce 8 mars, je célébrerai tristement la journée des femmes, j’aurai une pensée pour ces jeunes, ces enfants qui auraient pu être miens, nôtres, tombés dans la quête de la citoyenneté, de la contingence, loin des décisions, des magouilles et autres esprits machiavéliques. Ces fils de la nation ne sont ni blessés, ni fatigués, ni indignés, ils sont Morts. Ils rejoignent « l’entre-deux » viscéralement avec une balle dans la chair. Quelle douleur ! Quelle atrocité pour leur mère ! J’en pleure. La femme que je suis reste éplorée, désœuvrée avec un sentiment de culpabilité disproportionnée. Quelle page de notre histoire sénégalaise avons-nous ratée ? Celle des pères fondateurs de notre nation : Khaly Amar Fall, Thierno Souleymane Baal, Cheikh Abdoulaye Niass, Seydina Limamou Lahi, El Hadj Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba… ? Celle des patriotes, panafricanistes : Cheikh Anta Diop, Alioune Blondin Diop, Mamadou Dia, Majmouth Diop, Abdoulaye Wade… ? Celle de nos régulateurs, médiateurs : Mame Dabakh, Mame Saliou, Yacinth Thiandoum, Seydou Nourou Tall… ? Celle des guerrières : femmes de Nder, d’Aline Sitoé… ? Celle des vertueuses et louables mères de nos guides ? Celle de nos intellectuels qui reprendrait tous les noms précités en y rajoutant ceux de Senghor et de tant d’autres femmes et hommes du Sénégal et de la diaspora ? Quid ? Ce qui est sûr, c’est que la page ouverte n’est certainement pas la bonne.

Celle dans laquelle, une jeune femme accuse de viol, le chef de l’opposition. Cette page-là, nous coûte en vies humaines, en journées d’école, de travail, en institutions financières attaquées, en hypermarchés pillés, en larmes, en peurs, en hontes.

En tant que femme, je ne peux nous célébrer cette année comme il se doit, pour la simple raison que c’est une « fille », une sœur qui est à la source de cette sombre page et que la société me le rappelle. 

Si c’est un viol avéré, Ousmane Sonko, n’a qu’à se préparer à nous rendre des comptes.  Mais mon doute persiste.

Si la jeune Adji Sarr s’est faite manipuler par d’aucuns, ceux-là rendront compte devant Dieu et devant les Humains. La femme que je suis, dit non à l’instrumentalisation de la Femme à des fins politiques. Ce pays a besoin de ses filles et donc d’Adji Sarr, dans des sphères coruscantes tout à fait aux antipodes de la conspiration

Ce qui est sûr, c’est qu’il fera jour et que les masques tomberont.

Entre temps, ce dont on fait face, c’est une procédure juridique rocambolesque, frôlant l’amateurisme voire le divertissement, meurtrier. En avons-nous besoin ? La réponse est négative.

Monsieur Le Président de la République, en tant que Sénégalaise qui respecte l’institution que vous incarnez, je vous interpelle.

Rendez-nous le respect !

Satisfaites nos revendications !

Écoutez-nous !

Entendez nos pleurs !

Ne nous méprisez pas !

Vous feigniez de ne point faire attention aux brassards rouges.

Qu’en est-il alors du sang des enfants de la nation qui se verse depuis le mercredi 3 mars 2021 ?

Je dénonce en tant qu’Africaine, Sénégalaise.

Mon pays n’a pas besoin de tumultes de ce genre.

Je dénonce en tant que femme,

Mes enfants doivent grandir dans la dignité, dans l’éducation et le respect de nos valeurs.  

Je dénonce en tant que citoyenne, membre de ce beau peuple.

La manifestation est une liberté individuelle, j’en ai le droit, nous en avons le droit et vous l’avez fait, jadis.

Pour diriger le Sénégal, il faut aucun complexe : ni de supériorité, ni d’infériorité.

Il faut de la transparence, du patriotisme, de la loyauté, de la sagesse, de la souplesse, du sérieux, du respect des religieux et des cultes qu’ils incarnent, du sens de l’écoute, de l’humilité,

En tant que femme, citoyenne sénégalaise, fière de ma patrie et de mon histoire, en lieu et place d’une célébration festive, je me permets de vous demander de faire machine arrière :

  • Libérez votre peuple avant qu’il ne se libère et vous pondère
  • Respectez la Constitution pour gouverner et partir en bon légaliste,
  • Rendez-nous un Sénégal fort, éduqué, juste, beau, hospitalier,
  • Limitez-vous avant qu’on ne vous limite, rien ne vaut une sortie par la petite porte.

En attendant mars prochain, que je compte commémorer allègrement, cher Président, humblement, la petite femme africaine, modeste citoyenne, probable manifestante en 2021 comme en 2011, amoureuse de sa patrie au point d’être saignée pour sa souveraineté, vous prie de reculer et de revoir vos positions.

 

 

Ndeye Ndiaye

Africaine, Citoyenne sénégalaise, Mère, Femme.