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« L’oisiveté est la mère de tous les vices » nous enseignait-on en suivant les règles sociétales. Qu’on se fonde sur les cultures religieuses sénégalaises : animistes, catholiques ou musulmanes la quête du savoir et le travail fondent la logique humaine. Or, depuis quelques années l’homosenegalensis manifeste une indifférence totale à la culture, au don de soi, au questionnement autour de sa construction endogène ou plutôt de sa déconstruction et de sa reconstruction après un essoufflement d’un système éducatif, instructif. Un psychologue, professait un « Nëp national » au début des années 2000 et malheureusement, sa phrase fut reprise sans être prise au sérieux. Pardonnez ma naïveté ! Mais qu’est devenu le Sénégal ? Une jungle ? Un ring de boxe ? Une arène ? Ce qui est sûr c’est qu’on est loin du « Daaray Kocc», du hiéroglyphe Ankh, symbolisant la vie ou de la Madrassa de Pire fondée par Xaaly Amar Faal.  « Ngor », « Jom », « Jomb », « Fulë », « Fayda », « Xam sa bop », « Gëm sa bop », sont vidés de leur teneur. « Dekku Maam Malick, Maam Limaamu, Maam Borom Tuuba, Maam Khalifa Niass… encore faudrait-il que l’on creuse prestement afin de reconsidérer le rôle et la place de ces doctes dans « Sunugaal ». 

Tout ceci, pour revenir sur une partie de l’actualité au Sénégal : les prix littéraires, le suicide d’un père emportant ses trois enfants, les chiffres du divorce, le scandale miss Sénégal en passant par une expérience professionnelle qui ne cesse de me faire spéculer.

La société sénégalaise est devenue acerbe. Elle est dans la critique facile et le jugement. Rien n’est bon. On cherche le mal partout. On ne se questionne plus afin d’apporter des solutions à nos problèmes sociétaux. La jeunesse est immolée et laissée à elle-même, sans état d’âme. Et en retour, celle-ci est dure, stérile, sans ambition avec un penchant défensif hors norme. Comme disait Kourouma Ahmadou, « Allah n’est pas obligé. »  Le Sénégalais a tendance à l’oublier ou à se voiler la face en jouant la carte du croyant, seul détenteur du Salut du Seigneur. 

On pense que les fondamentaux de notre société sont toujours là. Pardonnez-moi mais, ils ont fichu le camp à force d’ignorer le système éducatif, de réfléchir sur le sens et le devenir de la famille, de ne point interpeler le travail des sociologues, psychologues, scientifiques tout court sur ce dont la société a besoin dans un monde ouvert, à propension universaliste. Quelles réponses construites, achevées, offrir à la planète pour un mieux vivre ? Des critiques ! Quel est l’objectif de vie de notre nation ? Nous n’en avons pas ou plus ! Que voulons-nous faire de l’avenir de nos enfants ? Apparemment, rien ! 

Quelles mutations connait la cellule familiale sénégalaise et quelles dispositions prendre par rapport à cette évolution ? Aucune ! l’État reste sourd, tourné vers la politique, les émulations autour du pouvoir et de la représentativité.

Un homme qui en arrive au suicide et à tuer ses enfants, cela veut juste dire que son mal est profond. Avait-il des problèmes psychologiques ? Était-il égoïste ? Peu importe ! La solution aux problèmes de couple se trouvait dans ce qu’était la cour familiale, qui n’existe plus. Nul n’a plus le temps de personne. Les familles ont des fractures terribles. Les liens tournent autour du matériel et du paraître. Certains ont relevé son statut de médecin pour exclure sa folie. Eh bien, un intellectuel peut être fou. La folie est une trouble mentale susceptible d’arriver à tout un chacun. Et parce qu’on est médecin, avocat, professeur, homme d’affaire… on se croit être exempt d’une crise passagère ou durable, de déséquilibre ? Oh non ! Mais encore faudrait-il que les proches censés et sensés, prennent le temps de prendre au sérieux le mal-être de l’autre. Arrêtons-nous pour savoir ce qui est la source de ces plus 345 cas de divorce en moyenne par jour sans compter les répudiations, les violences de part et d’autre. Cessons de jeter la faute sur l’autre et prenons plus au sérieux les changements que connaissent notre pays sans oublier les soubassements endogènes à la masse. La faute aux hommes, aux femmes ? A tout un peuple, à la recherche de trouvaille. Où se trouve l’essentiel ? Et comment faire pour que le primordial le soit pour la majorité des gens ? Il faut que chaque partie de la population y apporte sa touche : les religieux, les scientifiques, les chefs coutumiers, les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes, les politiques, les profanes. Le Sénégal doit trouver sa voie afin d’émettre une voix responsable, éclairée, digne, élevée, sagace. A mon humble avis cela permettrait de nous retrouver avec nous-même et avec le monde, d’être fier de ces filles et fils du pays qui réussissent à faire parler du Sénégal en bien. Critiquer c’est bien. Bien critiquer avec des arguments plausibles ouvrant à des débats fructueux. C’est mieux. On ne veut pas d’actes contre nature chez nous. Il y va de notre droit le plus absolu, en tant qu’État souverain. Mais qu’offrons-nous au monde en guise de réponse probante ? Va-t-on continuer à traiter un chanteur d’homosexuel ou plutôt de bisexuel parce qu’il est marié ? Dire qu’un ouvrage est primé parce que son auteur rappelle que le Sénégal a une histoire avec l’homosexualité dans un autre roman, publié précédemment et qui n’a pas été primé. En réalité, qu’est ce qui est important ? L’œuvre ou l’auteur ? Ça dépend !  Le roman est juste, magnifiquement bien écrit. Reste maintenant à avoir une discussion autre avec le jeune sénégalais, sur la question des minorités sexuelles.  Quel que puisse être son avis, que celui-ci soit respecté ! Comme on dit habituellement : c’est son problème ! Cela n’enlève en rien la qualité et la beauté de sa plume. Félicitation l’artiste ! D’un autre côté, nous avons eu le travail d’un Grand Monsieur qui a été salué par un prix et pas des moindres. Ce dernier apporte son traitement à la souffrance sénégalaise en se concentrant sur la publication de romans, d’essais en wolof. Sans doute, des débuts de réponses au « Mal du Système éducatif sénégalais » inexistant, plombé. Creusons, mais « Doomi Golo », « Murambi », « L’impossible Innocence » mériteraient d’être intégrés dans le programme d’une école sénégalaise ! En tout cas toute la polémique autour du Goncourt a fait oublier le Neustadt. Dommage !« Ku xamul fo jeum delul finga joggé ». Jërëdëf Bubakar Boris Joop ! Dundeul Jooba Juba ! 

L’école du pays arrive encore à produire des perles précieuses. Oui ! Mais avec quel héritage, quel bagages culturels ? Ces exceptions pourraient devenir des règles, si les autorités publiques faisaient de l’éducation, le fer de lance de tout succès sociétal. Mais non, on préfère s’arrêter sur des inanités. Désolée de le dire ainsi ! Enfin, on néglige de plus en plus la culture religieuse, culturelle, artistique. Quel crime ! Loin de moi, l’idée de dévoiler ce qui doit sans doute être un secret professionnel, mais, je ne peux le camoufler. Je tairais le niveau et ferai de même avec la discipline. Seulement, que de jeunes sénégalais, étudiants, méconnaissent Ousmane Sembene au point de ne pas avoir une mince idée sur ce qu’il a écrit, réalisé, fend le cœur. Non pas d’une amoureuse de la littérature ou du cinéma mais celui d’une jeune femme qui se rappelle encore lorsque son maître à l’école primaire publique, lui expliquait le sens de « docker » en lui promettant d’avoir l’occasion de découvrir dans les années à venir : le Mandat, les Bouts de bois de Dieu, Ceddo… Ce n’est pas tout ! Ces mêmes jeunes n’avaient pas en majorité, une idée sur, citons pêle-mêle : l’Apartheid, Steve Biko, James Brown, Rosa Park, l’Affaire Dreyfus, Béhanzin, la Guernica de Picasso, l’histoire du RnB, du Rap sénégalais, du cinéma africain, l’impact de l’engagement religieux et le message panafricain marquant certains textes ou pis encore du « mbégué », ce jeu auquel tout jeune garçon de milieu populaire a dû prendre goût. La jeune dame n’abdique pas mais s’interroge sur l’absence de culture générale, de volonté, d’envie, d’enthousiasme notée de plus en plus chez les jeunes.  Mais enfin, le « Sénégal » n’est pas dans les écoles à programmes français, bilingue, d’excellence publique, ou d’une certaine classe sociale privée.  Malheureusement, la jeunesse sénégalaise, la meute pour ne pas dire la populace est dans ce qui nous sert d’école publique ; celle-là qui est aux antipodes d’une préparation à une citoyenneté pour garçon et fille, d’une formation de femme africaine, sénégalaise, féministe ou non mais « culturée » et consciente de ses devoirs et droits. Les solutions peuvent encore être mises sur la table et opérationnalisées ! Autorité publique prenez vos responsabilités, si vous avez un peu d’empathie pour cette patrie !

Avant de clore, qu’il me soit permis de dire qu’un concours de la « plus belle femme » dans un pays n’a rien de mal ou de dévalorisant. Tout dépend de l’appareil qui s’occupe de son organisation. Dans tout État qui se respecte, la disposition doit être suivie par le ministère de la culture, du tourisme, ou par une institution en charge de ces questions afin de fixer les tenants et les aboutissants du jeu.  Une miss qui représente son peuple au niveau sous-régional, régional, international devient une Ambassadrice, un porte-drapeau. A travers elle, on doit avoir une idée des valeurs, de la civilisation, des cultures, des ressources, de la beauté du pays. C’est une obligation pour les autorités que de savoir qui elle est, comment elle vit ? C’est un devoir que de s’assurer qu’elle vive bien, qu’elle soit formée, qu’elle ait un savoir-vivre, être…  Ailleurs une miss n’est pas belle que physiquement. C’est d’ailleurs relatif et subjectif. C’est à partir de son couronnement que le comité l’aide à s’ouvrir dignement au monde, à se fixer des objectifs de vie et à mettre en avant une cause : environnementale, sanitaire, maintien des filles à l’école, lutte contre les cancers, l’écologie, le développement durable, l’énergie renouvelable… Il faut qu’on arrive au Sénégal pour qu’une miss prenne des transports en commun pour rejoindre la capitale, assiste à des cérémonies dont elle ignore tout, va dans un hôtel pensant que le lendemain elle prend l’avion pour l’étranger alors qu’il n’en est rien.  C’est un véritable culte de la médiocrité et du laisser-aller. On est où ? Et lorsqu’elle ose parler d’un viol qu’elle aurait subi, ce qu’elle reçoit de la part de la présidente du comité, ce sont des injures adressées à toutes les victimes d’abus sexuel : hommes et femmes. Encore une fois, on est où ? Quelle est la base juridique de l’organisation de cette élection ? Comment se présentent les contrats (s’il en existe) ? Les participantes sont-elles assurées ? Quelle est la part de responsabilité de l’État dans ce business ? Où se situe l’autorité parentale dans la participation de ces enfants à ce jeu ? Comme d’habitude, point de coupable ! Que des victimes, jusqu’ à ce qu’un autre esclandre éclate encore. On en perdrait le fil. C’est aujourd’hui la problématique « Miss Sénégal », demain ce sera un autre évènement. Si c’est cela le Sénégal, si c’est de ce Sénégal dont il est question réellement, les mauvais esprits prennent le pouvoir. Il est vraiment temps, qu’on fasse focus sur le genre de citoyen qu’on veut et qu’on peut avoir, sur les moyens dont dispose l’État afin d’assurer la sécurité de toutes et de tous « Taxaw Setlu, Liguéy, Farlu, Defar, Jubbël, Yoonal : Jotna !» 

Ndeye Nubian